L’OCD chez le jeune cheval : Comprendre, diagnostiquer, traiter

On en parle souvent lors des visites d’achat, mais la détection de l’ostéochondrose disséquente (OCD) devrait être une priorité bien avant la mise en vente. Que vous soyez éleveur, propriétaire ou futur acquéreur, comprendre l'enjeu de cette pathologie est essentiel pour l'avenir du cheval.

Qu'est-ce que l'OCD ?

Normalement, chez le jeune cheval, le cartilage de croissance se transforme progressivement en os. Dans le cas de l'OCD, ce processus s'enraye :

  1. Une zone de cartilage ne se minéralise pas et reste anormalement épaisse.

  2. Ce cartilage épaissi est mal irrigué et se fragilise sous l'effet des contraintes mécaniques comme le poids et les mouvements du cheval.

  3. Des fissures apparaissent et peuvent mener à la formation d'un lambeau ou d'un fragment libre dans l'articulation.

Quelle est l’origine de l’OCD?

Les études ont montré que l’origine est multifactorielle. En effet, la génétique joue un rôle important dans le développement de cette pathologie chez le jeune cheval, tout comme l’alimentation (dès la gestation!), la biomécanique (type et intensité de l’activité), l’environnement de développement (type de sol),…

Les options de traitement : Que faire ?

Le choix du traitement dépend de l'âge du cheval, de la localisation de la lésion et de l’activité future demandée au cheval.

1. Le traitement conservateur

Utilisé principalement pour les lésions très précoces ou les petits défauts sans fragment libre.

2. Le traitement chirurgical via arthroscopie

Le pronostic est excellent (souvent > 90% de retour au sport) si l'opération est faite avant l'apparition de dégradations articulaires majeures. En retirant la source de l'inflammation, on stoppe net le processus d'arthrose précoce.

3. Les thérapies régénératives

En complément de la chirurgie ou pour des cas complexes, on utilise désormais des substances biologiques comme le PRP et les cellules souches.

Pourquoi la détection précoce est-elle cruciale ?

  1. Prévenir l’irréparable : Un fragment non détecté peut causer une inflammation chronique et dégrader le cartilage sain. Plus on attend, plus le risque d'arthrose précoce augmente.

  2. Optimiser les chances de succès : Une intervention chirurgicale sur un jeune cheval avant qu’il ne commence le travail sérieux offre généralement un excellent pronostic pour sa carrière sportive.

  3. Une question de transparence : Pour un éleveur, réaliser un bilan radiographique précoce (dès 18-24 mois) permet de gérer la santé du poulain sereinement et de valoriser sa production sans mauvaises surprises lors de la visite de vente.

  4. Adapter le travail : Connaître le statut ostéo-articulaire de son cheval permet d'adapter sa ferrure, son sol et son intensité d'entraînement.

A retenir

Un cheval peut avoir de l'OCD sans boiter et sans avoir de signes cliniques. Seule la radiographie peut confirmer le diagnostic.

Une OCD opérée précocement sur une articulation "propre" est de bien meilleur pronostic qu'une opération tardive sur une articulation déjà victime d'arthrose chronique.

Le dépistage radiographique systématique entre 18 et 24 mois reste l'investissement le plus rentable pour sécuriser la carrière d'un cheval de sport.

Signes de coliques: Comment les repérer pour agir au plus vite

En médecine équine, la colique est l’une des urgences les plus fréquentes. Pourtant, ce n'est pas une maladie, mais un symptôme de douleur abdominale.

Et bien souvent, le pronostic dépend de la rapidité de votre appel.

1. Repérer les signes

L’œil du propriétaire est le meilleur outil diagnostic. Ne cherchez pas seulement un cheval qui se roule, cherchez ce qui n’est pas "normal".

  • Les signaux faibles : Le cheval ne mange pas sa ration, s'isole au fond du paddock, ou fait le signe du "flehmen" répété. L’absence de crottins depuis plusieurs heures est également un signe que le transit est diminué.

  • L’inconfort marqué : Il gratte le sol, regarde ses flancs avec insistance, ou se campe comme s'il voulait uriner sans y parvenir.

  • La douleur aiguë : Il se couche et se relève frénétiquement, transpire sans effort et tente de se rouler violemment.

2. Le "Check-up" express avant d'appeler

Avant de composer le numéro de votre vétérinaire, relevez ces 3 constantes. Ces chiffres nous sont précieux pour évaluer l'urgence vitale :

  • Les Muqueuses

Soulevez la lèvre : les gencives doivent être roses. Couleur rouge brique ou bleues: inquiétant!

  • Le Cœur

Prenez le pouls, si > 50 battements/min: inquiétant!

  • Le Transit

Collez votre oreille au flanc et écoutez les bruits digestifs. Absence de bruits: inquiétant!

3. Le Protocole de Survie : 3 Étapes Clés

Dès que la colique est suspectée, chaque minute compte pour préserver le système digestif.

A. Appelez immédiatement votre vétérinaire

N'attendez pas "de voir si ça passe". Décrivez les constantes relevées ci-dessus. Mieux vaut un examen de contrôle pour rien qu’un départ en clinique pour chirurgie trop tardif.

B. Sécurisez l'animal

  • Retirez toute nourriture : Foin, grain et même la paille (mettez-le sur copeaux si possible).

  • Marchez-le : 10 à 15 minutes de marche calme peuvent relancer le transit ou évacuer des gaz. S'il veut se coucher, laissez-le faire s'il reste calme mais empêchez-le de se rouler violemment.

C. Pas d’automédication

Ne donnez aucun médicament sans l'accord préalable de votre vétérinaire. Cela masque les symptômes, fausse le diagnostic et peut retarder une décision chirurgicale vitale. Préparez plutôt un sceau propre rempli d’eau tiède, cela permettra à votre vétérinaire de ne pas perdre de temps pour effectuer un sondage naso-gastrique.

Certaines coliques peuvent évoluer rapidement, d’où l’importance de ne pas attendre lorsque vous avez un doute. Une intervention dans les premières heures multiplie les chances de guérison complète.

Préparez votre carnet de santé et votre van, et surtout appelez votre vétérinaire.

Gastroscopie chez le cheval: Pourquoi et comment?

Cet examen consiste à introduire une caméra dans l’estomac du cheval en passant par le naseau, la cavité nasale, le pharynx puis l’oesophage. Cet examen de 20-30 minutes s’effectue toujours sur un cheval à jeûn d’au moins 12 heures afin d’avoir un visuel correct sur les parois de l’estomac pour pouvoir analyser ses muqueuses. 

La plupart du temps ce sont des lésions ulcératives qui sont recherchées, mais il est également possible de mettre en évidence des parasites, une sténose pylorique ou même, dans de rares cas, des corps étrangers ou des tumeurs. Selon les dernières études, près de 60 %des chevaux de loisir et 90 % des chevaux de sport présentent des lésions stomacales, et pourtant 40% d’entre eux ne montrent aucun signe clinique.

Alors comment reconnaître les signes et savoir si votre cheval est atteint?

Il est très difficile de relever des signes clairs montrant l’inconfort digestif associés aux ulcères gastriques, c’est une véritable douleur silencieuse.

Certains de ces signes pourraient tout de même vous mettre la puce à l’oreille: 

  • Baisse de performance sportive

  • Baisse d’appétit

  • Perte de poids

  • Grincements de dents

  • Réactions au sanglage (agressivité, mordillements, ..)

  • Réaction à la jambe du cavalier

  • Bâillements successifs

  • Signes de coliques

La gastroscopie est le seul moyen de poser un diagnostic précis et permet d’adapter le traitement en fonction de la localisation et de la sévérité des lésions.

Comment prévenir et traiter les ulcères gastriques chez le cheval?Pour pouvoir prévenir correctement les ulcères gastriques il faut d’abord comprendre le fonctionnement de l’estomac.

Pourquoi l'estomac est-il si fragile ?

Contrairement à nous, le cheval est un "mangeur continu" et il est censé mastiquer 15-16 h/jour! Son système est conçu pour ingérer de PETITES QUANTITES de fibres TOUT AU LONG DE LA JOURNEE (30m de tube digestif).

La digestion commence déjà dans la cavité buccale avec la mastication et la production de salive, puis le bol alimentaire passe par le pharynx, l’oesophage pour arriver dans l’estomac où la digestion continue grâce à l’acidité qui y est excrétée. Ensuite, le bol alimentaire poursuit sa route vers l’intestin grêle (duodénum, jéjunum, iléon) avant d’arriver dans le gros intestin (caecum, colon ascendant, colon transverse, colon descendant) et terminera sa course dans le rectum avant d’être expulsé par l’anus sous forme de crottins.

Si on se concentre sur l’estomac: C’est une « poche » de 15 à 20L qui se vide en moins d’1h. L’entrée de l’organe est délimitée par le cardia et la sortie par le pylore, chacun des sphincters consititués de muscles. 

L’estomac est naturellement divisé en 2 zones qui ont chacune un rôle à jouer: 

  • La zone glandulaire (en bas) : robuste et possède une couche de mucus protecteur, c’est cette zone qui produit de l’acide chlorhydrique (HCl) en continu et garde un pH très bas (1-2).

  • La zone squameuse (en haut) : ne présente aucune protection naturelle, elle est séparée par la zone glandulaire via la margo plicatus et présente un pH de 5-7.

La salive, le meilleur allié naturel :

Le cheval ne produit de la salive qu'en mâchant. Cette salive est riche en bicarbonates qui neutralisent l'acidité de l’estomac. Pas de mastication = pas de protection. 

La partie glandulaire de l’estomac  produit de l'acide en continu, qu'il mange ou non. S'il n'y a pas de nourriture pour "éponger" cet acide, le pH chute drastiquement et peut attaquer les parois de l’estomac et ainsi créer des lésions plus ou moins profondes qu’on appelle des ulcères.

En fonction de ces lésions, de leur localisation et leur sévérité, le traitement est adapté et permet de cibler la cicatrisation.

Passons à la prévention des ulcères gastriques.

L'alimentation : La règle d'or des fibres, c'est clairement le levier le plus puissant.

  • Foin à volonté : C'est la base absolue. Le cheval ne devrait jamais passer plus de 4 à 6 heures sans manger. Le foin crée un "matelas" physique au-dessus du suc gastrique, empêchant les éclaboussures vers le haut de l'estomac, la partie non protégée, sans oublier l’effet tampon de la salive qui est produite uniquement lors de la mastication. 

  • Fractionner les concentrés : Évitez les gros repas de grains. Plus de 2 kg de granulés d'un coup augmentent la production d'acide et le risque de fermentation. Il est préférable de donner les concentrés en petites quantités tout au long de la journée.

  • Réduire l'amidon : Les sucres et l'amidon présents dans les concentrés favorisent l'acidité dans l’estomac. Privilégiez les aliments riches en fibres et en matières grasses pour l'énergie, mais pauvres en sucre et amidon (<10% cumulés, ne pas excéder 1 g d'amidon/kg de poids vif/repas), vérifiez donc bien la composition de vos concentrés!L’ordre dans lequel vous donnez les aliments a son importance, on préfère administrer le fourrage avant les concentrés afin de contrer la baisse du pH engendrée par ceux-ci via la mastication et la salive apportées par les fourrages. 

  • La gestion de l’exercice: adapter l’activité

    Ne jamais travailler à jeun : Un estomac vide pendant un effort est un fortement contre-indiqué (l'acide éclabousse les parois non protégées et les attaque). Assurez-vous qu'il ait mangé un peu de foin juste avant le travail.

    Échauffement progressif : Le stress physique intense augmente la pression abdominale et pousse l'acide vers la zone sensible.

  • Le mode de vie et le stress. Le stress réduit l'irrigation sanguine de la paroi stomacale, ce qui peut l'affaiblir.

  • Sorties au paddock : Le mouvement libre et le contact social réduisent le stress, le cheval est un animal grégaire, il n’est pas fait pour être isolé.

  • Routine stable : Gardez des horaires fixes pour les repas pour éviter tout stress ou excitation durant la distribution.

  • Transport : C'est un facteur de stress majeur. Prévoyez toujours un filet à foin bien rempli pendant le voyage.

  • L'hydratation

    Eau propre et tempérée : Un cheval qui ne boit pas assez mange moins de fibres, ce qui dérègle tout le cycle gastrique. Une eau saine et tempérée à volonté est donc indispensable.